| Les
aventures de Laure à Dubai... |
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Chapitre 1 - 2 septembre 2007
Du
salon comme de ma chambre, je vois un immeuble et deux grues (métaliques),
je suis donc bien à Doubai. J’ai fait un rêve dans
lequel je sortais sur le balcon et qu’à ma gauche, il y avait
une belle plage et la mer bleue. Je ne me suis pas trompée, elle
est bien à gauche, mais je ne la vois pas de mon balcon. Ce n’est
pas si mal, il suffirait que je monte sur le toit, où se trouve
la piscine, pour avoir une vue intéressante. Au dernier étage,
il y a aussi une salle de gym.
Mais
commençons par le début. Assise au dernier rang du Boeing
777 de la compagnie Emirates, je choisis sur mon petit écran parmi
de nombreuses options, celle du cinéma avec un choix de 130 films.
J’ai le temps d’en voir trois avec 6h45 de vol et décolle
avec Shrek 3 dans un vrombissement digne d’un 747 bien rempli. Une
horde de Chinois bruyants occupe les sept ou huit rangées devant
la mienne, mais à quelques centaines de mètres d’altitude,
ils se calment, portés vers une rêverie douce au-delà
des nuages. Le repas arrive un peu avant James Bond et je déguste
le saumon fumé et le poulet aux épices avec du vin blanc,
puis ronronne en essuyant sur mes lèvres un petit reste de délice
au chocolat. Nous atterrissons avec un quart d’heure d’avance.
Il est minuit, heure locale, 22h à Paris et 34° sont annoncés.
Nous serons conduits au terminal par bus, mais devons d’abord faire
quelques pas dans le sauna naturel de Doubai.
A la sortie, de nouveau dans la fournaise, les pancartes sont alignées
sur une vingtaine de mètres et je lis enfin celle qui me correspond.
Mon chauffeur Sri Lankais m’accueille et prend mon chariot. Il marche
vite le bougre et j’accélère mon pas, tout en écartant
les bras, un peu, comme un oiseau écartant ses ailes pour se rafraîchir
ou pour se sécher. Nous faisons une halte dans un supermarché,
pour que je prenne juste ce qu’il me faut pour le petit déjeuner.
Il est une heure trente du matin. Nous arrivons devant l’immeuble
moderne, mais gris. Je suis au premier étage.
Et me voilà livrée à moi-même. L’appartement
fait environ 65m2. Tout est spacieux et mon lit fait 1m80 sur 2m10. Allons,
allons, pas de jalousie. J’avais généreusement prévue
des draps pour 1m60 et m’enroule plus ou moins dedans. Le lendemain,
sachant que l’étage sera occupé par des collègues,
je jette ma timidité aux lions et frappe chez ma voisine pour faire
connaissance. Deux heures plus tard, nous partons à trois au centre
commercial voisin (500 mètres environ) dans lequel il y a une énorme
piste de ski. Nous n’allons pas faire du ski, juste des courses
de base. Il est treize heures et les trois inconscientes font le chemin
à pied, dont la moitié au soleil. Les chauds froids mettent
le système immunitaire en alerte rouge.
Contrairement à ce que l’on m’a dit, tout me semble
moins cher qu’en France (je ne parle pas de l’alcool et des
produits de luxe) et aujourd’hui, j’ai acheté du St
Nectaire pour me faire plaisir. Je ne suis pas encore allée à
l’école. Notre première réunion a lieu demain.
Le directeur de l’école est venu se présenter. Bel
homme, environ trente cinq ans, Australien, charmant. En quelques minutes,
j’apprends qu’il a passé ses vacances en Thailand où
vit sa compagne. Il doit sans doute recevoir plus d’attention qu’il
n’en souhaite et met toutes les « femelles » en garde.
La nuit tombe à 19h, c’est assez troublant au mois d’août.
Heureusement qu’il fait beau hiver comme été, sinon
les nuits longues pourraient paraître très longues. J’attends
le mois de novembre pour mettre le nez dehors plus de quinze minutes d’affilées.
L’anglais est un passe partout ici et toutes les pancartes et panneaux
d’information sont en arabe et en anglais. Au centre commercial,
les hommes des Emirats se promènent tous vêtus de blanc archi-blanc
impeccablement bien repassé. Les femmes sont plus variées.
Celles qui se couvrent intégralement sont rares et environ une
sur cinquante sera vêtue d’une longue robe noire. Il y a de
nombreux expatriés. Les services divers sont tenus essentiellement
par des Indiens et autres asiatiques, souriants et efficaces. Dans le
centre commercial, pas question de porter des tonnes de sacs, le magasin
vous prête un chariot jusqu’au taxi. C’est pratique
et ça pousse à la consommation.
Je
suis allée manger des nachos chez Chile’s avec mes deux collègues.
Pas mal la cuisine locale…d’accord, c’était quand
même très bon. On trouve vraiment de tout, et les expatriés
ne devraient pas se sentir trop dépaysés. Il y a même,
miam, un Dunkin’ Donuts. Il est dix neuf heures vingt et il fait
nuit.
Mercredi matin, le ciel est bleu, cela pourrait devenir lassant au bout
de dix ans. Nous partons avec le chauffeur de l’International School
assister à notre première réunion et faire la connaissance
d’autres collègues. Les locaux sont superbes, il y a même
des arbres et des oiseaux, une grande piscine et un théâtre
magnifique. Le département de français et d’italien
changera bientôt de nom, car j’ouvre une section d’espagnol,
olé ! J’ai suggéré de l’appeler le département
des langues latines. La rentrée des élèves s’effectuera
le 9 septembre.
Le week-end ici, c’est le vendredi et le samedi. Il y a partout
le jeudi soir, des happy hours avec free drinks pour les ladies. Le vendredi,
c’est les buffets à volonté (nourriture et boissons
alcoolisées et non alcoolisées) pour environ 150 Dirhams
par personne, soit à peu près 35€ par personne. Je
l’essaierai peut-être la semaine prochaine.
Il est maintenant samedi et j’espère pouvoir accéder
demain à Internet pour envoyer ce roman feuilleton. Je vous envoie
à tous un peu de mon excédant de soleil et de chaleur, sauf
à Jane, qui voudra le soleil sans la chaleur. Je risque de ne pas
avoir de ligne personnelle jusqu’après le Ramadan, donc pour
m’écrire, le mieux c’est d’utiliser l’adresse
Yahoo, par laquelle je vous envoie ce message. J’espère vous
trouver tous en bonne santé. A très bientôt dans des
courriers individuels.
Chapitre
Deux - 9 septembre 2007
C’est
la veille de la rentrée des classes. Il y a un peu d’anxiété
dans l’air. Pour moi, c’est surtout à l’égard
du cours d’espagnol, car je me retrouve en train de préparer
du matériel pédagogique qui me paraît intéressant,
et au fur et à mesure que j’avance, je rencontre des tas
de mots, de noms d’animaux etc. et m’exclame « ah, je
l’avais oublié celui-là ! » Il va falloir réviser
sérieusement.
Ce matin, la piscine était particulièrement délicieuse.
L’air n’était pas trop humide, il y avait une bonne
brise et l’eau était parfaite. Je suis même restée
un quart d’heure à faire bronzette et j’ai les marques
de maillot pour le prouver. Quelques allers-retours sur le dos, à
la brasse, sur le côté, quelques mouvements d’étirement.
Je suis restée quarante minutes à patauger en ronronnant.
A neuf heures moins vingt, il commence à faire chaud, hélas,
j’essore la bête et redescends. Ce matin, c’est aussi
journée grand ménage. Je précise le terme «
grand », car je ne néglige pas complètement mon bel
espace le reste du temps. Habituée à mon 27m2 parisien,
je m’étonne du temps qu’il faut pour passer l’aspirateur,
la serpillère et faire la poussière. J’ai dû
changer trois fois de prises de courant pour l’aspirateur, c’est
inimaginable ! Ah, le luxe ! C’est tout beau, trop propre, le marbre,
s’il était au soleil, serait aveuglant, n’est-ce pas
? Bon, du coup, j’ai un coup de barre et m’installe sur le
canapé pour une mini sieste.
Hier, j’ai fait l’expérience du « all you can
eat, all you can drink » brunch, dernier avant le Ramadan qui commence
dans cinq jours. A midi, on s’installe à table, après
être passé devant une variété extraordinaire
de plats, de salades, et de kiosques culinaires dans lesquels les cuisiniers
préparent des plats thaï, mongols etc. Avec une de mes collègues,
je décide de commencer par le breakfast, avec jus d’orange,
œufs brouillés, bacon, hash browns et mini gaufre au sirop
d’érable. Face à moi, une collègue parle déjà
de tequila, je suis horrifiée ! A treize heures quelques autres
collègues arrivent, j’ai commencé à digérer
et commande un verre de vin blanc pour accompagner les crevettes et sushis
qui vont suivre. A ma droite, on en est déjà au mélange
vin blanc et rhum coca, deuxième tournée. Ces Anglais me
sidèrent ! Ils sont sympas, mais ils doivent avoir le foie et l’estomac
en plomb. Amanda me dit « you’re being so reasonable, enjoy.
» Je répond « reasonable ! I don’t want to die!”
Je termine mes crevettes et me laisserait bien tenter par le fromage,
mais à 13h30, je suis contente que mon blue jean soit stretch.
J’entame un deuxième verre de vin que je ne terminerai pas.
Amanda à troqué le rhum coca pour du whiskey, ginger ale.
Elle tient drôlement bien le coup. Les autres commandent leur premier
coup de tequila, je commande du thé et vais prendre un petit dessert.
Le groupe cubain joue de la musique douce et rythmée, et chante,
c’est sympa, ça donne envie de danser. Je goutte au whiskey
ginger ale d’Amanda. C’est plutôt bon. Elle dit que
ça aide à digérer. La deuxième tournée
de tequila à un fort accent anglais et quelques décibels
en plus. A quinze heures et quelques, nous sortons de table, et là,
je suis épatée, ils marchent tous droits, parlent sans hurler
et…décident d’aller au pub ! Je fais bande à
part et rentre en taxi avec une collègue qui veut se changer avant
de les rejoindre.
Chapitre Trois - 17 septembre 2007
Le premier
week-end après la rentrée. Comme c’est le Ramadan,
les cours s’achèvent à treize heures. Du coup, les
leçons durent 25 minutes en moyenne. Je vous laisse imaginer l’efficacité
de l’apprentissage. Enfin, ça laisse plus de temps pour aller
à la piscine…tss, tss, pas de jalousie.
Je me suis équipée d’une paire de chaussures de sport
et d’un bermuda. Je n’ai maintenant plus d’excuses et
d’ailleurs je suis très enthousiaste à l’idée
d’aller à la salle de gym qui est superbement équipée,
elle aussi. Il y a deux tapis de course, des tas d’appareils de
torture musculaire et c’est spacieux et climatisé. Vendredi,
deuxième jour du Ramadan. Personne ne boit, ne mange ou ne fume
en public avant le coucher du soleil, annoncé par l’appel
à la prière : c’est le week-end et le matin je commence
à 7h45 par une baignade délicieuse et une petite séance
de bronzage, juste de quoi maintenir un hâle de santé. Je
prévois ensuite de faire quelques kilomètres à pied
sur le tapis (ne vous faites pas d’illusions, il fait encore plus
de 40° dehors dans la journée, alors pas questions de faire
les kilomètres dans le désert !) quoi qu’il en soit,
cela fini au centre commercial avec les copines. A 18h30, tous les cafés
sont pris d’assaut, les clients, essentiellement occidentaux, prêts
à passer commande au moment de l’appel à la prière.
Les premières paroles diffusées, une horde de pénitents
non musulmans, enflamment dans une chorégraphie synchronisée,
l’objet longuement convoité, et dans un souffle général,
la tête levée vers le ciel, expirent la première bouffée.
La vie reprend son rythme normal, je commande un thé.
Comment ma vie a-t-elle changée ces derniers temps ? Il y a ici
quelque chose qui me rappelle un peu la Floride, dans le sens où
la chaleur, la piscine, les palmiers, me donnent toujours l’impression
d’être un peu en vacances. C’est le fait de pouvoir
rentrer du boulot pour enfiler un maillot de bain et se détendre
en ayant encore des heures devant soi pour faire ce qui doit être
fait. Mais en Floride, il y avait beaucoup plus de verdure et de calme,
car il faut le dire, Doubaï est un chantier, une forêt de grues,
une fourmilière d’Indiens et Africains vêtus de bleu,
qui sous un soleil de plomb, jour et nuit, tissent le ciment et le fer
d’étage en étage.
Il y a un sentiment d’irréel, entre les édifices qui
surgissent du sable comme des champignons du désert et la folie
qu’engendre la richesse m’as-tu-vu des promoteurs. La consommation
d’eau par habitant est, me semble –t-il, la plus élevée
au monde, avec l’arrosage des parcs, golfs et autres oasis artificiels.
Il en résulte presque un changement climatique. Doubaï pourrait,
si elle ne disparaît pas dans dix ans, devenir la forêt tropicale
du Moyen-Orient. Mais quelles seront les conséquences à
moyen et long terme, de l’adoucissement de l’eau de mer, de
l’excès de climatisation et surtout d’un manque absolu
de conscience écologique ? Il est inconcevable, qu’avec une
telle consommation d’électricité, aucun architecte
n’ait construit avec des panneaux solaires. Il est aberrant qu’avec
la consommation immense de plastique, de verre, d’emballages etc.,
il n’y ait pas le moindre système de recyclage. C’est
une gigantesque usine de consommation, sans une vision constructive de
l’avenir. Est-ce parce que ce pays n’a pas d’histoire,
pas de passé, qu’il vit uniquement dans l’immédiat,
aussi éphémère qu’un mirage ?
Mais ce lieu a également un charme qui le distingue des villes
européennes et qui fait que les gens s’y attachent. D’abord,
il n’y a actuellement pas ou très peu de criminalité
et on s’y sent vraiment en sécurité. La qualité
de service des personnes dans les magasins, les immeubles etc. est remarquable
de courtoisie et de gentillesse. Tout problème a une solution !
La France me manque de mille façons, à commencer par mes
amis et ma famille, mais je l’ai toujours dit, et le dis encore,
là où je pose mes valises, je trouve mon ‘home’,
pour trois jours, trois mois, trois ans. Je reviendrai toujours vers ceux
et ce que j’aime, où qu’ils soient et où que
je sois.
Chapitre 4 - 29 septembre 2007
Nathalie me
l’avait bien dit, « le sport est mauvais pour la santé
» et ayant fait un peu de zèle à l’aquagym,
je me retrouve avec une douloureuse sciatique, et crotte ! Néanmoins,
je continue à aller à la piscine chaque jour. La salle de
gym est remarquablement équipée, aussi, j’ai préféré
commencer par le tapis de course et là, j’ai eu une révélation
! Au bout de trente minutes de course à pied, je suis descendu
de l’appareil et c’est comme si je flottais sur mes baskets.
Je me suis dirigée vers l’ascenseur dans une sorte de transe
légère, si légère.
A l’occasion du Ramadan, il se passe pas mal de choses (le soir).
Jeudi, nous avons donc fait « Iftar », le premier repas qui
suit le jeun. Cela se présente sous forme de buffet et se situe
parfois sous une grande tente décorée ou dans un hôtel,
comme c’était le cas pour nous. J’ai commencé
par quelques dates et un jus d’abricot, puis une soupe de lentilles
absolument divine, un mélange de salades, puis de l’agneau
fondant avec du riz parfumé. Déjà prête à
exploser, j’ai quand même goûté au Oum Ali, un
dessert un peu crémeux et caramélisé avec des raisins
et des fruits secs. J’ai demandé à mes copains de
me trouver une brouette pour rentrer, et comme c’est Doubaï,
il y en avait naturellement une à quelques mètres de là.
Enfin, j’ai finalement réussi à suivre mon ventre
qui semblait me précéder d’une lieue.
Derrière mon immeuble, il y a d’autres immeubles et un ou
deux chantiers, sans quoi ce ne serait pas Doubaï, et un terrain
vague (sans doute un futur chantier) que j’ai baptisé «
le désert ». A chaque fois que je souhaite me rendre à
la petite superette du coin, ou m’aventurer jusqu’au centre
commercial, je dois donc traverser le désert. Il y a même
des dunes (10 centimètres de profondeur), qui ont le mauvais goût
d’envoyer du sable dans mes nus pieds et parfois, on voit même
un rat assez gros pour intimider un chat, mais l’énergumène
ne s’aventure pas trop dans le désert, il préfère
longer les immeubles. Fort heureusement, il y a également un vrai
désert avec de vraies dunes, des chameaux ou dromadaires et des
scorpions à la place des rats, mais dont personne ne semble se
plaindre. Ce désert là rentre dans mes projets pour l’Eid
(festivités à la fin du Ramadan), car je prévois
d’aller camper une nuit dans le désert avec quelques amis.
Maintenant que la température a baissé d’une bonne
dizaine de degrés, cela devient concevable. J’ai surtout
hâte de monter à dos de chameau, bien que ma sciatique, après
une semaine, soit encore un peu présente et que le trot du chameau
ne soit pas particulièrement recommandé comme massage thérapeutique.
A part cela, la vie s’organise bien. Je vais m’inscrire à
un club de voile avec deux ou trois copines et nous comptons naviguer
au moins une fois par semaine. Côté boulot, car sans en avoir
l’air, je bosse dur, je suis maintenant à la tête de
la French Connection. C'est-à-dire que j’ai un petit réseau
d’élèves français à qui je donne des
cours particuliers d’anglais après l’école.
Ils sont très sympas et pleins de bons tuyaux. Côté
école internationale, les élèves appartiennent à
des « house », par lesquelles ils organisent des concours
intra-scolaires et devinez qui est house leader pour les Chameaux ? N’est-ce
pas que je fais un beau chameau ?
Chapitre Cinq - 4 octobre 2007
Chaque week-end
est l’occasion de découvrir de nouveaux plaisirs. En fin
de semaine dernière, nous sommes allés prendre le thé
à Madinat, un ensemble de boutiques et d’hôtels de
luxe bâtis dans un style arabe splendide. Le lieu est superbe et
même si une bonne partie est une parfaite trappe à touristes,
cela reste un endroit exceptionnel. Lorsqu’on se promène
dans les galeries, c’est ravissant, avec les boiseries sculptées
qui dansent tout le long des plafonds, puis les lumières, les couleurs
et les soieries qui nous ensorcèlent délicieusement. Je
ne savais pas à ce moment là, que ce n’était
que le début d’un enchantement extraordinaire. Nous avons
pris le chemin qui relie les galeries à un des hôtels, où
nous avions prévu de prendre le thé. Il faut savoir que
durant le Ramadan, seuls les hôtels servent à manger et à
boire dans des salons intérieurs avant le coucher du soleil. D’abord,
c’est dès l’entrée que mon regard fut attiré
par une terrasse immense sur laquelle les fauteuils couverts de coussins
multicolores, faisaient le tour d’un grand pavillon en bois et le
tout surplombait un jardin de palmiers et de verdure devant la plage et
la mer magnifique. J’étais très excitée, car
je n’avais pas encore vu la mer et cette vue était somptueuse.
C’est presque à contre cœur que nous sommes de nouveau
entrés dans l’hôtel. Mais quelques pas plus loin, nous
entrions dans un grand hall où Les sols se composaient de dessins
géométriques en marbre de différentes couleurs, éclairés
par d’immenses chandeliers en cristal parfaitement polis par quelque
esclave. De là, un tournant, où un chandelier de la taille
d’un salon, dominait un escalier en mosaïque dans lequel coulait
une cascade d’eau. Nous sommes entrés dans le grand salon
colonial, élégant et chaleureux, accueillis par des hôtesses
charmantes. Ceux qui me connaissent bien, sauront qu’il était
inévitable de commander le « traditional afternoon tea »
avec les scones, la crème de Devonshire et la confiture, les petits
sandwichs et les pâtisseries diverses. Nous en avons commandé
trois pour six, comme nous l’ont gentiment recommandé nos
hôtesses et c’était amplement suffisant. Avec cela,
j’ai choisi le China rose tea et nous nous sommes divinement régalés
de ce thé, de l’ambiance, de la beauté du lieu. Et
bien sûr, quel plaisir que les jolies serviettes brodées,
les tasses en porcelaine fine, les petites passoires en argent avec leur
reposoirs, tout ce que j’adore ! J’en ronronne encore. Et
si cela vous intéresse, l’ensemble nous revenait à
chacun à un peu plus de dix euros.
A l’école, mes twelfth graders, élèves d’espagnol,
sont si mignons que je les ai pris en photo en train de crier «
Viva España » le bras levé et le sourire jusqu’aux
oreilles. Celle-ci ira dans le yearbook, mais en attendant, je l’ai
accroché sur le tableau du département d’Espagnol
en y ajoutant des bulles (vive l’informatique) dans lesquelles chacun
disait des dictons en espagnol. Ils ont apparemment apprécié
et l’un d’entre eux m’a déclaré «
Miss, nobody’s ever done something like this for us », et
tout à coup, je me suis sentie très mère poule et
je suis repartie en classe avec mes douze poussins, dont la moitié
me dépassaient d’une tête.
La lune étant ce qu’elle est, parfaitement inconstante, nous
permet, malgré elle, d’avoir un jour de vacances en plus,
car le Ramadan se terminant mercredi et non jeudi, nous gardons les quatre
jours prévus pour l’Eid plus le jeudi. Eh oui, c’est
dur la vie scolaire. Je vais passer une nuit dans le désert et
je chanterai du Capdevielle, enfin, je ne sais pas si je chanterai, car
je ne voudrais quand même pas qu’on m’abandonne seule
dans le désert, mais nous ferons un feu de joie et peut-être
que les scorpions iront jouer ailleurs. Mais que faire des quatre autres
jours ? Peut-être un petit tour au sultanat d’Oman ? Muscat
est à environ deux heures en voiture et il paraît que c’est
un bel endroit. Ce sera le sujet du Chapitre six.
Chapitre Six - 14 octobre 2007
Vendredi.
C’est l’Eid et la vie redevient normale…si on veut.
La grande découverte du jour, c’était une promenade
au bord de la mer, les pieds dans l’eau, qui doit frôler les
28°. Le blue-jean pas du tout adapté au climat et encore moins
à la plage avait été prévu pour une promenade
dans un lieu climatisé et donc, je me suis sentie quelque peu frustrée
de ne pas pouvoir piquer une tête dans cette immense baignoire qu’est
le Gulf. Il est prévu de remédier à cela dès
demain. Ce sera mon premier bain maritime depuis mon arrivée. Ce
soir, petit escale à Val d’Isère, enfin à Ski
Dubai. Pour perpétuer la normalité du lieu, nous étions
dans le bar qui a vue sur les pistes de ski et ma collègue a bu
un vin chaud, ce qui n’est rien quand on considère que la
table d’à côté trempait des patates dans une
fondue savoyarde. Dehors, il fait 35° !
Je vais profiter de ces quelques jours de vacances pour avancer un peu
mon travail, ce qui est logique, puisque le reste du temps, je m’amuse.
En vérité, il y a un tas de trucs administratifs et puis
des corrections de tests et toutes ces choses inévitables à
faire, que je ferai entre un bain et une sieste.
Je me suis acheté une télé. Un gros machin qui m’a
coûté environ 90 euros. Nouvel élément de décoration,
d’autant plus que je n’ai pas le bon câble pour brancher
l’antenne et pas non plus de lecteur DVD, ce qui fait que c’est
actuellement purement décoratif, mais j’en avais marre de
voir ce gros trou dans le meuble à télé. Maintenant,
c’est plus habillé. Je vais allumer une bougie, ce sera plus
cosy.
Samedi. Noir dans tous les sens du terme. C’était d’abord
la couleur de l’eau de mer à Barracuda et ensuite, le résultat
de ce très beau match de rugby entre la France et l’Angleterre,
par ailleurs perfide. Commençons donc par Barracuda, lieu de pèlerinage
pour les buveurs d’alcool. A environ une heure de Doubaï, une
heure en principe, mais plutôt deux en réalité, se
trouve une grande boutique de vente d’alcool hors taxe. Pour s’y
rendre, il faut suivre les panneaux vers trucmuche al Qumain, la bonne
blague, les panneaux et les routes apparaissent et disparaissent, selon
la construction du jour. Un grand axe se transforme soudain en une route
tordue au milieu d’un quartier résidentiel, puis on se retrouve
rejeté dans un semi désert, une banlieue, une série
de villas grandioses et grotesques, et de temps à autre on aperçoit
un panneau qui nous rassure sur notre sort, avant de voir le même
sur la route qui passe au dessus et qui part dans la direction opposée,
mais on reste confiant, bien qu’énervé. Ce n’est
pas une promenade, d’abord ce n’est pas beau et ensuite, la
plupart des conducteurs sont des démons au volant de 4x4 immenses,
convaincus de leur immortalité ou bien des chauffeurs de taxis
suicidaires. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on atteint enfin le
Barracuda Beach Resort, on aurait vraiment besoin de boire un coup. Parties
avec nos serviettes de bain et la crème solaire, c’est à
peine sorties de la voiture que déjà, nous avons été
repoussées par une odeur d’égouts, pouvant émaner
aussi bien de la mer que des « pique-niques » d’indiens
imbibés d’alcool et d’urine. Sortes de squats de villégiature,
couverts de déchets, mais aussi de verdure et d’arbres, témoins
d’un passé plus glorieux et qui longeaient le chemin entre
la boutique et les terrains de jeux. Nous avons fait le plein de bouteilles
en tous genres et sommes reparties vers Doubaï, maillots et serviettes
secs.
Au retour, avant la sortie rugby, j’ai mis mon maillot à
bon usage dans la piscine. La baignade est devenue un rituel de santé,
certes, mais à présent, également un rituel de protection
qui me donne des allures de martienne. Il faut dire que l’eau reste
dans mes oreilles et que le souvenir d’otites monstrueuses me hante,
et puis, il y a mes sinus et le chlore, bref, j’enfonce les boules
Quiès très efficaces dans mes oreilles, je mets de grosses
lunettes pour la piscine et enfin, le pince nez et c’est parfaitement
ridicule et génial. Du coup je fais des galipettes avant et arrière
sous l’eau, très Esther Williams, j’étudie le
fond de la piscine avec minutie, je me prends pour le sous-marin du Capitaine
Nemo et suis très heureuse d’avoir la piscine à moi
seule.
Le rugby. Au début, nous (deux françaises) avions prévu
de voir le match au Barista (ou Baristi) bar, qui est rattaché
au Méridien et qui propose un grand écran extérieur
au bord de la piscine et de la plage. Très bel endroit, mais déjà
bondé d’anglais à 20 heures (18 heures en France),
donc nous avons juste bu un coup, installées sur une chaise longue,
les pieds dans le sable fin et une musique très sympa en fond,
puis sommes reparties dans un sports bar plus calme, mais également
occupé essentiellement par des anglais. Deux françaises
et quelques non anglais ne se laisseraient néanmoins pas impressionner.
Et même si les trois dernières minutes ont été
fatales à notre charmante équipe, le match valait bien les
ongles des pouces rongés.
Chapitre sept - 29 octobre 2007
Je me suis
acheté un maillot deux pièces. Ca fait un effet bœuf,
enfin plutôt zèbre, puisqu’à force de porter
un maillot une pièce, j’ai les jambes et le haut tout dorés,
et le ventre et une partie du dos tout blancs. Mais comme le ventre et
le dos ont tendance à bronzer plus vite que le reste, ça
finira bien par s’équilibrer. Dans le cas contraire, ça
ne fera qu’ajouter un peu de ridicule à ma panoplie de bain
; boule Quiès, lunettes et pince nez. Le pince nez est tout de
même assortie au maillot, puisqu’ils sont tous deux bleus
!
Nous venons de terminer la semaine de la paix, c’est assez horrible
de penser qu’une seule semaine dans l’année soit dédiée
à la paix et que d’ailleurs, c’est purement symbolique.
Mais enfin, c’était l’occasion de parler des choses
que chacun peut faire pour contribuer à un effort de paix. Ce qui
est désolant, c’est que certains enfants, et en particuliers
des garçons, à dix, douze ans, répètent les
opinions politiques de leurs parents sans rien y comprendre, et déjà,
la haine et la division sont ancrées dans leurs esprits. Devant
une série d’images troublantes de famine et de désespoir,
je demande à mes ninth graders quelles peuvent en être les
causes. Ils parlent de guerres, d’irresponsabilité écologique
et nous parlons de leur avenir, en tant que citoyen, peut-être médecin,
enseignant ou entrepreneur, nous parlons de ce que chacun peut faire au
sein d’organismes humanitaires ou de leur communauté. Ils
écoutent, ils s’expriment, parfois, ils sont enthousiastes,
alors je me dis que la semaine de la paix est une semaine de semence,
comme toutes les autres semaines. Des idées sont lancées
au gré du vent et peut-être que quelque chose de merveilleux
poussera ici et là.
La paix s’achève, et la semaine du livre commence. Il a été
demandé aux professeurs de s’habiller ce lundi 29 octobre
en personnage de livre. J’ai choisi Hercule Poirot et me suis présentée
à l’école en queue de pie, nœud papillon, avec
cheveux noircis au mascara et moustache et sourcils au crayon khôl.
Les élèves ont appréciés le costume, bien
que peu d’entre eux connaissent Agatha Christie. Fichtre, cela ne
nous rajeunit pas.
Il fait beau, oui je sais, ça devient banal, mais non, il fait
bon, j’ai ouvert la fenêtre et éteint la clim. Certes,
il doit faire environ 30°, mais il y a une petite brise agréable
et quand on a connu 48°, alors 30° c’est vraiment délicieux,
bien qu’un peu humide. J’irai à la plage ce week-end.
Ah, pardon, il paraît qu’il y a de la gelée le matin
en France. Aujourd’hui, j’ai mis des chaussures fermées
à cause d’Hercule Poirot et j’avais du mal à
supporter le frottement sur mes doigts de pieds, en dépit des chaussettes,
qui faisaient office de protection. Mais qu’est-ce que je vais faire
à Noël, quand il faudra mettre des bottes et tout ça
? Et ce pauvre enfant que J.J. Rousseau avait vêtu pour le confronter
à la civilisation, Rousseau n’a rien compris, ce n’est
pas la sauvagerie du monde civilisé qui l’a traumatisé,
ce sont les chaussures !
Ai-je déjà parlé de la folie meurtrière des
conducteurs ? Pas plus tard qu’hier, une de mes collègues
se rendant au travail, se trouvait sur l’autoroute locale, qui fait
quatorze files, mais que les plus téméraires transforment
en 25 files. Devant elle, un plus pressé que les autres, fait des
zigzags entre les voitures à 160 à l’heure, perd le
contrôle et sa voiture se retrouve la tête en bas à
faire du ski sur béton avant de se planter (fautes de roues) au
milieu de la route. Ce genre d’évènement provoque,
en principe, un ralentissement, ne serait-ce que par curiosité,
mais que nenni, les autres contournent à toute vitesse en klaxonnant,
car il gêne.
Le camping dans le désert à été reporté
de quelques semaines, car il paraît qu’il fait encore trop
chaud ces jours-ci. J’attendrai donc encore un peu avant de connaître
cela. J’imaginais que la nuit y serait un grand silence emplis de
mirages, mais il paraît que des chameliers passent régulièrement
et que leurs petites bêtes font un boucan du diable, sans parler
des fois où elles cherchent à brouter les tentes et s’y
invitent. J’imagine passant par la fente, une grosse tête
d’un air dédaigneux, rotant des obscénités.
Je sens que ça va me plaire.
Chapitre Huit - 10 novembre 2007
Retour du
désert. Les expéditions dans le désert font bon tourisme
à Doubaï. Le voyage est organisé au départ de
la ville en 4x4, soirée dans le désert avec balade en quad,
puis à dos de chameau, suivi d’un repas avec danseuse du
ventre et tout le tralala. Je n’ai pas fait cela. Nous sommes partis
avec deux voitures, car on ne s’aventure jamais seul dans le désert,
ma collègue Anne et moi dans l’une, et deux de ses amis,
Nick et Jane, dans l’autre. Chacun avait eu la responsabilité
d’apporter divers éléments pour l’alimentation
et le confort de tous. Selon les indications des habitués, je me
suis équipée : tente, sac de couchage, oreiller, chaise
pliante avec porte cannette, (très anglais, ça) lampe de
poche, matelas gonflable et quelques trucs pour le repas. Ma tente était
officiellement une tente pour quatre… si l’on est le fabricant
chinois, trois si l’on est une sardine, deux lorsque on est intime
et un pour une nuit cinq étoiles. Le matelas gonflable, deux places,
mais quand on s’est habitué à dormir dans un lit d’un
mètre 80 sur 2 mètres, les 120 cm du matelas sont le parfait
accompagnement pour la tente « 4 places ». Après un
peu plus d’une heure de route, nous avons quitté celle-ci
pour prendre les chemins sauvages vers le cœur du désert.
Dégonflage des pneus pour mieux adhérer au sable et nous
sommes partis sur cinq kilomètres de dunes dans nos 4x4. Il faut
une certaine expérience pour bien prendre les côtes et éviter
les sables trop mous et les dunes qui retombent à pic. Le chemin
choisi a un côté Paris-Dakar et on s’accroche fermement
à sa ceinture tout en essayant de rester souple pour ne pas ressentir
trop fortement les cahots. Nous sommes arrivés au site de campement,
environ vingt minutes avant le coucher du soleil. Vue magnifique des montagnes
à l’est et du coucher du soleil à l’ouest et
tout autour, le désert avec ses buissons sauvages éparpillés
sur des dizaines de kilomètres dans tous les sens. Montage rapide
de ma tente, les autres dorment dans leurs voitures, peuh, mon petit palace
bleu est vraiment très cosy et je rêve déjà
de m’y coucher, mais la soirée est encore relativement jeune.
Il est 18h00 et le soleil est parti, laissant apparaître les phares
d’autres campeurs au loin. Les fauteuils sont installés autour
d’un grand tapis en paille ou sont posés les glacières
et autres sacs. A ma gauche, dans un trou creusé dans le sable,
le charbon commence à brûler. En bas à droite, derrière
un grand buisson, les toilettes, et une pelle en guise de chasse d’eau.
Nick marque le chemin vers les toilettes avec de fines lampes bleutées
qu’il plante dans le sable. Ca c’est du camping de luxe !
C’est l’heure de l’apéro. Au loin, on entend
les quads. On espère seulement qu’ils ne viendront pas s’aventurer
par ici. Bière pour les anglais, gin tonic pour moi, peu de gin,
beaucoup de tonic, mais, la vache ! En moins de quinze minutes, ce truc
me monte déjà à la tête et j’ai une envie
furieuse de faire pipi. Je me lève et suis les lampes bleues au
radar. Au retour, je décide de prendre le raccourci, par la dune
légèrement plus abrupte et fini de grimper sur les genoux,
sans élégance. Le reste du chemin, environ cinq mètres
est un effort de concentration pour ne pas tituber, mais dans le sable,
quand on est déjà instable, c’est un effort titanesque.
L’air digne, je me rassois et regarde mon verre encore à
moitié plein. Vraiment, quelle honte, quatre ans en Pologne, des
années de repas bourguignons, des sorties avec Nathalie qui, devant
un verre, peut tenir tête à un Cosaque et je ne suis pas
encore fichu de boire un gin tonic sans avoir la tête qui tourne.
Je me gave de crudités, mais il faudra attendre les saucisses pour
que les effets s’estompent enfin. Les anglais en sont à la
troisième cannette, mais ils pourraient aussi bien boire du thé.
C’est une soirée très sympathique et lorsqu’on
s’éloigne un peu des lampes du camp, on voit clairement au
dessus de nos têtes, la voie lactée et quelques étoiles
qui s’échappent et se perdent dans la nuit. On discute, on
rigole, on oublie la ville, le bruit, le reste. Vers dix heures, ayant
développée une pratique maîtrisée du chemin
des toilettes, je décide de me coucher. Le matelas recouvre les
deux tiers du sol, mon sac avec les affaires de toilettes fait office
de commode. C’est terriblement cosy, je me brosse les dents, ferme
la moustiquaire, enfile mon pyjama rose et blanc et m’allonge en
constatant que la légère pente de ma dune, n’est pas
compatible avec la direction de ma tente. Je dormirai donc d’un
angle du lit vers l’autre pour ne pas être complètement
endolorie le lendemain. En moins de cinq minutes, je dors. Je me réveille
un peu avant six heures du matin et entend au loin l’appel à
la prière, poétique dans cet immensité silencieuse.
Quelques minutes plus tard, la première lumière du jour
apparaît. Je sors de la tente, qui est complètement recouverte
de rosée. Mes pieds s’enfoncent dans le sable presque froid
et humide, comme une plage après la pluie. A l’est le ciel
rosit et les montagnes bleues se distinguent clairement de cette grande
étendue ondulée. Au sol, des traces de pas, probablement
un renard et de nombreuses traces de pattes d’oiseaux. J’attrape
mon appareil photo et commence à prendre les différents
stades de luminosité et les variations de couleurs. Le campement
reprend vie vers six heures quinze. Il fait 18°. Je me change rapidement
et ressors pour le lever du soleil derrière les montagnes. C’est
superbe. Nick s’est levé deux fois dans la nuit pour nourrir
le feu. J’ai mis le dernier paquet de charbons à six heures
et Jane met l’eau à chauffer pour le thé. Au loin,
deux montgolfières accompagnent le soleil (voir photo ci-jointe).
A l’ouest, les dunes s’illuminent, orangées, puis dorées
et les creux entre les dunes s’emplissent d’une brume épaisse.
C’est magnifique. Un petit troupeau de chèvres noires trottinent
plus loin, broutant les buissons. Le thé est fait, les œufs
et le bacon sont dans la poêle. Après le petit déjeuner,
on lève le camp. Il est sept heures et quelques et le soleil d’hiver
commence déjà à chauffer. Sur le chemin du retour,
on aperçoit enfin des chameaux, bande de snobs !
Chapitre Neuf - 14 janvier 2008
Tout neuf,
en effet, ce neuvième de la série est le premier pour 2008.
Nous sommes le 14 janvier et les cours ont repris hier pour s’interrompre
de nouveau aujourd’hui. Autour de moi, les divers sites de construction
sont silencieux et à une centaine de mètres, la route à
quatorze voies est incontestablement vide. De plus, il pleut et ma rue
est inondée. Est-ce l’annonce de l’Apocalypse ? Presque.
C’est l’arrivée de George Bush ; alors à cinq
heures de l’après-midi, hier, le gouvernement annonçait
la fermeture de toutes les artères principales de six heures du
matin à quatre heures de l’après-midi. Par conséquent,
sans accès possible, cela devait inévitablement provoquer
la fermeture des écoles et des chantiers.
Je dois reconnaître que le silence est fort agréable, bien
que le sifflement perpétuel qui émane du chantier d’en
face n’ait pas cessé pour autant. Je profiterai de cette
journée pour avancer un peu dans mes préparations, faire
le ménage, un peu de country line dancing et la sieste. Go get
‘em cowboy !
Depuis mon retour de France, il y a cinq jours, je suis devenue insomniaque.
Le syndrome de la pleine lune me poursuit dans la nuit, mais est-ce seulement
la pleine lune ? Etre insomniaque dans un lit de 1m80 sur 2m est un peu
gênant, car on voyage trois fois plus en cherchant le sommeil. Quatre
tours à droite, trois tours à gauche, étalage général
des membres, changement d’oreiller, tête au nord, à
l’ouest, au sud, à l’est, vérification de l’heure,
pipi.
La France. Débarquant à Roissy à -9°, cela aurait
pu être traumatisant, mais pas du tout, et je trouvais remarquable
la prudence et le calme des conducteurs sur l’autoroute. Si vous
n’êtes pas d’accord, venez donc faire un tour à
Dubaï. Mon passage à Paris n’a duré que le temps
d’une escale entre l’avion et le train, mais j’ai retrouvé
en quelques heures, mes amis du bureau et d’ailleurs avec un plaisir
immense. La vie chez Transfer battait toujours son plein, avec les urgences
qui précèdent inévitablement les vacances, les week-ends
et chaque jour de la semaine, toute l’année. Sous cette pression
perpétuelle, je retrouvais dans chaque bureau les mêmes sourires
et cette chaleur humaine qui rend tolérable et parfois excitant
l’affrontement des gnomes, monstres et autres démons, qu’on
appelle avec délicatesse, le client.
Noël en Bourgogne. Rien ne remplace la douceur d’un Noël
à Montmardelin, home sweet home, près du feu avec la famille
et le goût du pain flamand de ma maman, qui avait par ailleurs bien
préparé le terrain pour le chameau local. Quatre couches
de couvertures, couettes et draps et des chaussons fourrés. J’en
ronronne encore de plaisir.
Le dix janvier, deux heures du matin, mon chauffeur quitte l’aéroport
et au feu rouge, avant que celui-ci passe au vert, une voiture klaxonne
pour faire avancer les premiers. J’éclate de rire. «
Welcome back to Dubaï ».
Dehors, une flopée d’hélicoptères militaires
passe au dessus de mon immeuble. Ils ont dû repérer ma mauvaise
langue !
Chapitre Dix - 1er février
2008
Mardi, midi,
le silence. Le théâtre s’emplie de centaines d’élèves,
de professeurs, d’administrateurs. Nous avons tous la gorge serrée.
Lorsqu’un élève de sixième prend la parole,
sa voix se brise et son chagrin fait éclater la douleur de tous.
Nous venons de perdre un collègue, ami et professeur. Nombreux
sont ceux qui ont été touchés par Petrus de Wee,
décédé la semaine dernière dans un accident
de voiture lors d’un voyage en Afrique du Sud, son pays natal.
C’est une période étrange et le ciel est gris depuis
deux semaines. Il nous a apporté de fortes pluies durant cinq jours
et les routes se sont transformées en lacs. Les dégâts
étaient si conséquents que les écoles ont été
fermées durant deux jours. L’eau a vite infiltré les
murs et au sixième, elle dégoulinait le long des câbles
de la pièce d’alimentation électrique de l’immeuble.
Sur le toit, un court-circuit a enflammé un énorme panneau
publicitaire et l’équipe de maintenance, sans doute un peu
suicidaire, s’est empressée de galoper dans l’eau avec
des sacs en plastique sur la tête et des seaux d’eau pour
éteindre un feu électrique. Il est étonnant que ces
hommes ne se soient pas transformés en barbecue.
La nuit suivante, je me suis réveillée en étouffant.
Ma toux m’avait secouée et j’ai réalisé
que la pièce était enfumée. J’ai sauté
du lit, puis ai rapidement fait le tour de l’appartement, m’assurant
que le feu n’était pas chez moi. De retour dans la chambre,
j’ai ouvert la fenêtre, refermée aussitôt après
avoir inhalé une bouffée de fumée. Je ne voyais pas
le feu, mais il n’était pas loin. J’ai mis la climatisation
en route pour avoir un peu d’air frais, puis suis retournée
me coucher, ne sentant aucune alerte.
Le lendemain matin, en sortant de l’immeuble, j’aperçois
sur le trottoir, une grosse lettre carbonisée et lève la
tête pour constater que le panneau de l’immeuble, situé
au dos du balcon de ma chambre à coucher avait court-circuité
et brulé dans la nuit. C’est bon de se sentir en sécurité.
L’après-midi, en allant dans la salle d’eau de l’entrée,
je touche l’interrupteur et fait sauter les fusibles. La salle d’eau,
portant bien son nom était entièrement détrempée.
Je cours chercher le gardien en lui racontant en plus mes mésaventures
de la nuit précédente. Il monte avec l’électricien
qui en soulevant le faux plafond, se prend une énorme douche sur
la tête. Mon gardien, Indien très zen qu’on soupçonne
de fumer la moquette tant il est décontracté (mais fort
sympathique), me dit qu’on va laisser sécher, que je ne devrais
pas mettre la clim en route, car les fils de l’unité passent
par là et que ça pourrait court-circuiter le système
(si j’avais su ça en étouffant hier soir !)et qu’il
verrait avec l’électricien d’où venait le problème.
Certes, après cinq jours de pluies, les fuites n’ont rien
d’exceptionnelles, mais c’est tout de même étrange
qu’elles arrivent au premier étage sans provoquer de dégâts
du deuxième au cinquième, le sixième ayant été
effectivement inondé. Mais comme je ne fais rien comme les autres,
il s’avère que mon inondation personnelle, vient du tuyau
d’évacuation d’eau de nettoyage de la piscine. Chouette
!
Mais à part ça, tout va bien Madame la Marquise. Tempête
de sable aujourd’hui. Je m’en fiche, c’est le week-end
et je vais m’installer dans mon canapé douillet et regarder
un film…Titanic, par exemple !
Chapitre Onze - 29 mars 2008
Sept heures
quinze, mercredi 26 mars, je suis à l’école et d’un
seul coup, une énorme explosion fait trembler les murs. Il n’y
a pas de doute, un immeuble vient certainement de sauter. Quelques instants
plus tard, en avançant dans la cour, on aperçoit au dessus
des murs, un énorme champignon de fumée. Nous sommes encore
là, ce n’était pas nucléaire. Nous apprenons
un peu plus tard, qu’une usine de fabrication de feux d’artifices
a explosé. Le champignon fait place à une épaisse
fumée noire qui recouvre le ciel de Dubaï et à dix
heures, le ministère de l’éducation fait évacuer
les écoles à cause des fumées toxiques. Il est hautement
recommandé de rester chez soi, fenêtres fermées et
climatisation arrêtée. Fort heureusement pour moi, durant
toute la journée, alors que la fumée continue à s’élever
du site, le vent souffle dans la direction opposée de mon appartement,
mais le lendemain, les débris fument toujours et toute la ville
sent un peu. Peut-être rentrerai-je en France avec la peau mauve
à pois roses. En attendant, la vie a repris son cours et la chaleur
fait son grand retour. Alors qu’il neige en France, nous avons déjà
des après-midi à 32°. Retour aussi des matinées
de bronzage et natation dans la piscine sur le toit. Allons, allons, pas
de jalousie.
Mon journal s’est fait rare ces derniers temps et c’est essentiellement
parce que c’est une période assez chargée côté
boulot. Eh oui, on ne peut pas que faire bronzette. La semaine prochaine,
nous avons une semaine de vacances. La seule entre Noël et les vacances
d’été. Longuement attendue, elle servira également
de période de rattrapage pour le boulot, ce qui ne m’enchante
guère, mais après tout, j’aurai de longues vacances
cet été.
Ce soir, entre 20 et 21 heures, Dubaï participera à l’heure
de la Terre. Ceux qui choisiront d’y adhérer, éteindront
toute forme d’électricité durant une heure. Il est
incroyable d’imaginer cette ville, qui est l’anti-Christ de
l’écologie, cesser sa consommation électrique pendant
une minute, d’autant moins pendant une heure, mais ce geste qui
sera suivi par 24 grandes villes dans le monde représente un symbole
important à l’égard du réchauffement de la
planète. Hélas, pas une seule ville en France y est inscrite.
Alors sans y mêler les gouvernements, peut-être que chacun
de nous, peut individuellement éteindre jusqu’à nos
veilleuses et allumer des bougies.
Quoi ! Le ciel se couvre. C’est scandaleux ! J’admire sur
mon balcon, le bougainvillier rose et orangé qui se balance doucement
et s’oppose au ciment et aux grues. D’ici un an ou un an et
demi, ce quartier sera rendu beau avec des palmiers, de la verdure et
des fleurs. Les grues iront faire la toupie ailleurs et la poussière
retombera enfin…sauf les jours de tempête de sable.
Il y a deux semaines, je suis allée à la montagne près
de la frontière avec l’Oman. Durant la journée, la
lumière y est assez crue, mais lorsque le soleil s’adoucit
en fin de journée, les reflets sur les pierres sont magnifiques
et d’un seul coup la montagne prend une autre dimension. On y découvre
une grande variété de couleurs et de formes. A certains
endroits, nous longeons les courants d’eau, traîtres en hiver,
mais qui laissent place à des piscines naturelles au printemps.
Nous nous sommes baignés et l’eau était bonne. Comme
partout ailleurs, la population locale y laisse ses déchets, certaine
que quelqu’un passera derrière pour nettoyer. C’est
comme ça que ça se passe à la maison, donc c’est
pareil dans le désert, la montagne, la plage.
Chapitre Douze - 11 avril
2008
C’est
le printemps. Même si en France il fait un temps de chien, de
canard et de sous-marin, ici, les après-midi sont à 31°
et l’eau de la piscine est délicieuse. Surtout, c’est
le printemps parce qu’une petite nichée de moineaux (dont
le nid a dû comme tous les bâtiments de Dubaï, être
construit à la va-vite) se retrouve au pied de la cour intérieure.
Trois petits becs dotés d’un appétit d’ogre,
poursuivent leur mère en piaillant. Ils devraient bientôt
voler, d’ailleurs, un des trois vole déjà, mais
il reste dans le coin, car il sait où trouver le fast-food le
moins cher. Le plus petit attend timidement pendant que les autres se
bousculent, mais la mère n’est pas indigne, elle revient
toujours vers lui et lui accorde toute son attention. L’autre
mère poule, c'est-à-dire moi, a installé une petite
assiette d’eau sur le rebord de la fenêtre et offert des
miettes de galettes à l’avoine. Les deux ont du succès.
De mon salon, la vue n’a globalement pas changée. La grue
au coin de la rue est toujours bleue, mais le bâtiment qu’elle
sert a pris quatre étages de plus. Mon balcon en ciment ayant
fini par m’énerver, je suis partie au centre de jardinage,
oh bonheur, que de verdure et de couleurs. Je suis maintenant l’heureuse
propriétaire d’un mini jardin fleuri de bougainvilliers,
plantes, lavandes et plantes grasses fleurissantes. Alors, je m’installe
dans le canapé et reste plantée là, à regarder
le balcon comme un bon film.
Demain, c’est le dernier jour des vacances de printemps. Nous
avons eu dix jours pour nous détendre et c’est ce que j’ai
fait. J’essaie de suivre les nouvelles du monde sans éprouver
trop de dégoût, ce qui est somme toute, assez difficile.
Quelqu’un pourra sans doute m’expliquer ce que la France
peut bien faire de l’OTAN et ce que les JO font en Chine. L’économie
prend toujours le dessus sur la raison, l’éthique et l’humanisme.
L’absurdité et le manque de vision finira certainement
par nous achever, en dépit des quelques hommes qui redonnent
foi en la vie, en l’avenir, sous quelque forme qu’il soit.
Il y a deux semaines, un de mes acteurs préférés
a disparu. Richard Widmark, délicieux en aventurier, en marin,
en cowboy et tant d’autres rôles dans lesquels son regard
et son sourire me faisait toujours chavirer (surtout en Lieutenant de
Vaisseau). C’était un des derniers de l’âge
d’or de Hollywood et contrairement à Charlton Heston, mort
il y a deux jours, Richard Widmark était aussi un défenseur
de la paix et était contre les armes à feu. Ce blond charmeur
et charmant restera toujours un de mes héros du cinéma,
avec Errol Flynn, Burt Lancaster et quelques autres flibustiers ravageurs.
Me voici donc à la fin du chapitre douze, ayant survécu
au divers explosions et incendies qui ont eu lieu récemment à
Dubaï. Mais est-ce que ça intéresse quelqu’un
?
Chapitre Treize - 8 novembre
2008
Je
crois bien que ma dernière page de journal date du mois d’avril
et nous voici déjà en novembre. Que fait la police ? Le
temps s’échappe les poches pleines de nos espoirs. Au voleur
!
J’ai une bonne excuse. Si, si. D’abord il y a eu les examens
de fin d’année (scolaire), ensuite c’était
l’été et je suis rentrée en France. Difficile
de tenir le journal de Doubaï en France et puis, pendant l’été
il m’est arrivé quelque chose, un besoin qui me trottait
dans la tête depuis des mois, peut-être des années
et j’ai décidé d’écrire un livre. J’ai
donc commencé les recherches pendant les vacances et puis l’encre
a commencé à couler en septembre avec la nouvelle année
scolaire. Depuis, je suis devenue accro. Je suis un junkie du clavier
et des idées. La bête prend forme et je me sens agréablement
bercée par cette nouvelle drogue qui me prive parfois de sommeil
et d’une vie sociale, mais je m’en fiche, je suis heureuse.
Que se passe t-il donc à Doubaï ? Il y a un mois environ,
j’étais tranquillement assise sur mon canapé en
train de contempler l’avenir, lorsque j’ai ressenti une
sorte de vibration, comme si je faisais un début de malaise,
mais les petites taches noires ne sont pas apparues et je me suis souvenue
que j’avais eu la même sensation il y a vingt ans (également
dans un canapé) aux Etats-Unis. C’était un tremblement
de terre. Mais comme il y a vingt ans, celui-ci était loin et
nous n’en avons ressenti que les derniers sursauts. Je sais qu’il
est conseillé lors d’un tremblement de terre de se placer
dans les pas de portes, où le soutient est le plus solide, mais
étant donnée la qualité de construction des bâtiments
de Doubaï, il vaut mieux prendre le large.
Cette ville est une champignonnière. On y construit sans cesse
sans tenir compte des infrastructures. Résultat ; il y aura des
centaines de milliers de logis et bureaux pour quelques routes piteuses.
Déjà, alors que les trois quarts de ces immeubles ne sont
pas occupés, les embouteillages sont monstrueux. Ajoutez à
cela la faible durabilité des constructions et vous avez les
ingrédients d’une ville qui coulera plus vite que l’Atlantis.
C’est d’ailleurs le nom de la dernière horreur inauguré.
Je vous laisse le découvrir sur Internet.
A part ça, il fait beau. Avec le mois de novembre, les températures
sont descendues à environ 34° le jour (encore un peu humide)
et un délicieux 26° ou 27° le soir, dont nous profitons
en terrasse. Les fleurs de mes bougainvilliers se fanent et tombent
; c’est fâcheux.
Mais les vrais évènements ne sont pas ici, ils sont aux
Etats-Unis et sans vous cacher mes opinions politiques, je dis Youpiiiiiiiiii
! Je vais peut-être retourner faire un petit tour là bas,
maintenant que l’air y est de nouveau respirable.
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